Laon 16 avril 2025
BUDGET 2025 : UN ÉQUILIBRE QUASI IMPOSSIBLE SANS RÉFORME NATIONALE.
Ce
14
avril,
le
Conseil
départemental
de
l’Aisne
a
adopté
le
compte
administratif
(CA)
2024
et
le
budget
primitif
(BP)
2025,
dans
un
contexte
de
fortes
tensions
financières
confirmées
par
le
dernier
rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC).
Le constat d’un essoufflement financier
Le
rapport
de
la
Chambre
régionale
des
comptes,
consacré
à
la
gestion
du
Département
depuis
2019,
dresse
un
bilan
clair
:
malgré
une
gestion
jugée
globalement
rigoureuse,
le
modèle
financier
des
Départements
est
désormais à bout de souffle.
Le
rapport
confirme
la
fiabilité
des
comptes
du
Département
de
l’Aisne,
saluant
notamment
les
progrès
dans
la
qualité
de
l’information
financière
grâce
à
l’expérimentation
sur
la
certification.
Il
reconnaît
aussi
les
efforts
de
maîtrise
des
dépenses
et
de
la
dette
entre
2014
et
2022.
Pourtant,
ces
efforts
sont
insuffisants
face
aux
charges
croissantes
liées
aux
politiques
sociales,
sur
un
territoire
marqué
par
de
lourdes
difficultés
socio-économiques
:
un
taux
de
chômage
de
10,7
%,
un
taux
de
pauvreté
de
18
%
et
un
nombre
de
bénéficiaires
du
RSA,
et
de
l’AAH
(Allocation
Adulte Handicapé) bien supérieurs à la moyenne nationale.
Ces
charges
ne
sont
que
partiellement
compensées
par
l’État,
ce
qui
entraîne
une
fragilisation
de
la
capacité
d’investissement,
notamment
sur
les
routes
et
les
collèges.
L'Aisne,
avec
ses
798
communes
(dont
75
%
ont
moins
de
500
habitants),
se
distingue
également
par
un
niveau
élevé
de
subventions au bloc communal, justifié par son maillage territorial très éclaté.
Le
CA
2024
illustre
lui-aussi
cette
dynamique
complexe.
Après
un
BP
2024
initialement
voté
en
déséquilibre,
et
malgré
l'absence
de
réponse
favorable
à
la
demande
d'aide
exceptionnelle
de
22,5
M€
à
l’État,
le
Département
a
réussi
à
rééquilibrer
ses
comptes
en
cours
d'année
grâce
à
une
série
de
mesures
d’urgence
:
gel
ou
report
de
certaines
subventions,
ajustement
des
dépenses
au
centime
près,
suspension
de
dispositifs
optionnels.
Résultat
:
un
excédent
net
modeste
de
1,2
M€
fin
2024.
Les
taux
de
réalisation
élevés
(près
de
99
%
en
fonctionnement)
témoignent
d’une
gestion
rigoureuse,
mais aussi de la très faible marge de manœuvre restante.
Budget primitif 2025 : une année de vérité pour l’Aisne
Le
budget
primitif
de
729,2
M€
adopté
à
l’unanimité
des
suffrages
exprimés
se
présente
comme
un
«
budget
de
gravité
»,
a
insisté
le
président
du
Conseil départemental, Nicolas Fricoteaux.
Le
budget
2025
ne
bénéficie
d’aucune
des
recettes
exceptionnelles
mobilisées
en
2024
(fonds
de
sauvegarde
de
l’État
ou
excédents
budgétaires).
À
l’inverse,
la
loi
de
finances
2025
a
amputé
les
ressources
du
Département
de
5,2
M€
supplémentaires,
via
un
nouveau
calcul
défavorable
du
taux
de
TVA, et a encore augmenté les charges du Département, notamment la cotisation à la CNRACL en hausse de 1,3 M€.
Face
à
cela,
le
Conseil
départemental
a
poursuivi
sa
revue
des
politiques
publiques,
se
concentrant
désormais
sur
ses
compétences
propres,
obligatoires ou prioritaires, tout en essayant de ne pas fragiliser ses partenaires dans leurs différents domaines d’activité à travers la concertation.
Le
Département
s’est
également
fermé
à
toute
nouvelle
dépense
imposée
par
l’État
sans
compensation,
notamment
en
matière
de
solidarité
avec
l’exemple
récent
du
non-paiement
à
la
CAF
de
l’augmentation
du
RSA
au
1er
avril
(revalorisation
qui
sera
néanmoins
versée
aux
bénéficiaires
par
la
CAF).
Une incertitude persistante au-delà de 2025
«
Dans
la
perspective
d’une
refonte
du
modèle
de
financement
des
Départements
au
niveau
national,
nous
devons
par
anticipation,
repenser
nos
modes
d’action
en
étant
inventifs,
innovants,
courageux,
en
rationalisant,
en
partageant
la
charge
avec
les
usagers
en
capacité
de
le
faire,
comme
pour
l’APA
»
affirme
le
président,
Nicolas
Fricoteaux
.
Malgré
ces
efforts,
le
président
reconnaît
qu’il
n’est
pas
certain
de
pouvoir
assumer
toutes
les
charges
d’ici
à
la
fin
de
l’année.
2025
apparaît
comme
la
dernière
année
où
un
budget
équilibré
est
encore
possible,
avant
une
bascule
potentielle
en
2026,
sauf
à
trouver
rapidement
des
solutions avec l’État.
Des
échanges
sont
donc
en
cours,
au
travers
de
rencontres
ministérielles
et
de
groupes
de
travail.
Mais
dans
le
contexte
de
l’absence
de
majorité
claire
au
plan
national,
l’espoir
d’une
réforme structurelle rapide semble mince.
«
2025
est
une
année
charnière.
Sans
réforme
pérenne,
nous
ne
pourrons
plus
garantir
le
financement
des
solidarités
de
proximité
que
nous
devons
aux
Axonais.
Du
fait
de
la
non-
compensation
des
Allocations
Individuelles
de
Solidarité,
ce
sont
100
M€,
estimés
pour
2025,
qui
vont
nous
manquer
au
regard
des
dépenses
à
engager au nom de l’État
» a rappelé le président du Conseil départemental.
Le
Département
de
l’Aisne
reste
donc
très
mobilisé
aux
côtés
de
l’Association
des
Départements
de
France
pour
faire
entendre
la
voix
des
territoires
les plus fragiles, et réclame une action rapide du gouvernement.
Texte et photos : Département de l’Aisne